Chaïm Zélik Mandelbaum

né le 18 juin 1915

 

Mon père Chaïm Zélik Mandelbaum, né le 18 juin 1915 à Radom (Pologne), quitte sa famille et sa fiancée en 1934 pour fuir la misère et les pogroms.

Quelques mois plus tard, ma mère le rejoint avec l’aide de passeurs, en traversant la Belgique, laissant sa propre mère dans la peine.

Commencent alors les difficultés de la clandestinité : la langue, le travail au noir, l’hébergement d’hôtel en hôtel, la soupe populaire.

En 1936, je vins au monde et d’autres difficultés s’ajoutèrent. Des voisins complaisants déposaient sur le rebord de la fenêtre nourriture et vêtements.

En 1939, mes parents apprirent qu’une cousine, Perla Kunowska, vivait à Limoges depuis plusieurs années. Elle les fit venir et régularisa leur situation. Elle continua à nous aider. Mes parents habitaient dans une chambre et travaillaient clandestinement pour subvenir à leurs besoins. Ils se marièrent le 17 septembre 1939.

À la suite d’un décret de Vichy, en 1941, les Juifs n’ayant pas de travail régulier cherchaient d’autres solutions. Mes parents partirent à Eymoutiers (Haute-Vienne).

Mon père faisait de la couture, des retouches et était souvent payé en nourriture. Mes parents recueillirent notre cousin Alex Cywiak, âgé de quinze ans, dont les parents devaient venir nous rejoindre. Malheureusement, ils furent pris dans une rafle, torturés et martyrisés.

Vers la fin de la guerre, à Eymoutiers, les collabos perdirent trois des leurs. Les maquisards étaient de mieux en mieux organisés. À la suite de cet événement, des représailles importantes eurent lieu. Les Juifs furent arrêtés, leurs maisons visitées (adresses fournies par la mairie ou la gendarmerie), des perquisitions sans fin eurent lieu.

Mon père et Alex partirent se cacher dans les bois. Mon père fut arrêté le 7 avril 1944, conduit à Limoges et partit à Drancy avec tous les autres. Il fit partie du convoi 73 et fut déclaré mort en Lituanie le 20 mai 1944 . Ma mère, qui n’était pas à son domicile, réussit à se cacher.

 

Nous nous cachions dans les ravins pour dormir avec ma mère enceinte et une amie dont le mari était prisonnier, Fernande Jakobowicz et son fils Roger. Nous entendions marcher les Allemands qui cherchaient les maquisards. Nous étions nourris par les villageois.

Alex fut écartelé sur un char et ramené à Eymoutiers. Quelque temps plus tard, des personnes accompagnées d’un chien, qui se promenaient dans un bois, découvrirent un cadavre méconnaissable. Seule la chevalière avec ses initiales a permis de l’identifier : c’était Alex.

Peu avant son accouchement, ma mère partit se réfugier en travaillant dans une maison de mères célibataires et elle me laissa dans un collège, à Saint-Léonard, dont le directeur avait déjà recueilli d’autres enfants juifs. La défaite des Allemands et des collabos les poussèrent à des massacres de plus en plus odieux, dont celui d’Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944. Sous la pression des parents, le directeur dut renvoyer tous les enfants juifs.

Ma mère dut attendre deux ans à Eymoutiers, avant d’avoir économisé suffisamment d’argent pour rentrer à Paris où elle trouva de l’aide parmi ses amis.

Ma sœur fut placée dans des maisons d’enfants. Quant à moi, je fus confrontée à des responsabilités d’adultes et ne connus pas la joie insouciante d’une enfant.

Après ces années difficiles, ma mère rencontra un compagnon, ancien déporté, qui sut être présent et lui donner beaucoup d’amour. Décédée le 3 avril 2002, elle laisse derrière elle ses deux filles : Sarah et Nicole, ses petits-enfants : Jean, Laurent, Martine et Pascale, et ses arrière-petits-enfants : Joanna, Elsa, Lucas et Léa.

Sarah Zylbersztajn

 

Les extraits suivants de l’ouvrage Les balcons fleuris d'Auschwitz, par Henri et Charlotte Zucker, Éditions du Colombier, 2000), corroborent ce témoignage :

[…] Drancy, c’était une ancienne caserne, une caserne de gardes mobiles, qui n’avait jamais été utilisée. La veille de notre interrogatoire, à travers les fenêtres, je regarde et je vois des hommes dans la cour. Je reconnais Zélik Mandelbaum. Son frère avait épousé une sœur de maman. Il était né à Radom, en Pologne, tout près de Szydlowiec, berceau de ma famille.

[…] Je descends et je vais à la recherche de Zélik. Il avait vingt-neuf ans. Il est content de me voir. Tailleur, il était arrivé en France en 1938. Après Paris, il avait habité quelque temps chez mes parents, et s’était installé à Eymoutiers, à l’est de Limoges, non loin de Peyrat et du barrage de Vassivières. Il m’a raconté qu’il avait été arrêté, mais que sa femme et sa petite fille ne l’avaient pas été… Il est parti avec le convoi des célibataires, le convoi 73, et a disparu. (NDLR)